Les expériences étrangères

De retour de Freiburg…

Quartier de RIESELFELD

De retour de Fribourg une question nous taraude ou plus exactement une intuition se confirme.
La visite du Quartier  Vauban en 2008 ,comme un touriste « à l’œil avisé » m’avait permis de ressentir cette qualité sociale qui transpirait de tous les pores de ce quartier pacifié, verdoyant.
La visite, cette fois, du quartier Rieselfeld en compagnie de guides « chevronnés » (donner coordonnées) nous a ouvert les yeux sur une facette plus discrète, moins connue : le mode de production urbaine du quartier.
ET SI …..Le « secret de beauté » de ce quartier de 10 000 habitants résidait en grande partie dans cette maitrise … d’ouvrage si particulière, si efficace.
Je n’aurai pas ici la prétention, à l’issue d’une visite de deux heures dans le quartier de disséquer correctement les mécanismes complexes de la maitrise d’ouvrage de cette opération exemplaire. Une de nos guides (…………..) est d’ailleurs mandatée par le Moniteur pour rédiger un ouvrage qui traitera de ces questions : ouvrage à sortir courant 2eme semestre 2013.
Donnons quelques repères relatifs à cette maitrise d’ouvrage si particulière :
•    Un foncier capté en amont, porté par la collectivité.
•    Un schéma de composition urbaine fort mais évolutif et  adaptable durant toute la durée de l’opération.
•    Une maitrise d’ouvrage de l’aménagement assurée par la collectivité et non concédée.
•    Un coordonnateur de l’opération, unique, trait d’union entre les élus de Fribourg, les promoteurs, les Bau Gruppen, les associations.
•    Un « animateur social » à l’écoute des habitants (« bottom up ») depuis le 1er jour et toujours présent dans le quartier, en charge du dialogue avec les habitants  et les associations d’usagers.
Pour quels résultats me direz-vous ?
•    Un quartier pacifié dans ses relations avec l’automobile : très faible taux de motorisation dans le quartier, présence du Tram, circulations douces omniprésentes etc…
•    Des bâtiments à l’architecture souvent hétéroclite : le mariage dans un même ilot de bâtiments au look toscan ou maghrébin dans le cadre de promotions, des bâtiments à l’architecture modeste pour des Bau Gruppen de 10 à 20 unités. Pas de systématisme, pas de reproduction d’un même modèle stéréotypé, un foisonnement de styles variés … le tout dans une unité (harmonie ?) de hauteurs, dans un maillage de voies secondaires et de venelles.
•    Un quartier vivant … autour  de ses équipements et de ses commerces en rez-de-chaussée des avenues principales.
•    Des espaces de convivialité au cœur de chacune des unités de vie : un traitement de ces espaces, simple , peu onéreux et réellement adapté aux besoins et pratiques des résidents de l’ilot .
•     Des fonctionnalités (traitement des déchets, compost, garage et abris  etc. 😉 traitées de manière souple, souvent non conventionnelle.

Les membres de l’équipe Siam conseils… trentenaires, et jeunes parents ont vécu cette visite de manière quasi initiatique : sans aucune exception tous se sont pris à rêver de vivre dans ce quartier.

ALORS cette intuition ?
Dans notre pratique d’AMO aux côtés des collectivités, nous déplorons constamment la rigidité, le « règlementarisme », le culte de la maîtrise totale « au détail près », la place démesurée attribuée à l’ARCHITECTE GRAND ORDONNATEUR, et son corollaire l’absence d’implication des élus dans le processus de fabrication d’un quartier et enfin le technocratisme absolu allant de pair avec un vocabulaire ésotérique, de sachant…..
Beaucoup de discours, beaucoup d’emphase … pour un résultat, la plupart du temps, décevant. Des quartiers « branchés » dans lesquels la qualité de vie n’est quasiment jamais au rendez-vous.
L’exemple de Fribourg nous enseigne quelques règles simples :
•    La maitrise doit être pleinement assurée par la collectivité.
•    L’approbation d’un beau dossier de réalisation de ZAC ne marque pas la fin d’une aventure mais au contraire son départ. Le rêve prométhéen des français qui croient pouvoir tout régenter dans un dossier confié à un grand nom de l’architecture est un leurre aux conséquences tragiques pour la vie des futurs résidents.
•    Les habitants doivent pouvoir s’exprimer en permanence et non seulement à l’occasion d’une exposition du projet : le processus démocratique constitue la clé de voute de la réussite d’une opération d’aménagement.
•    La présence permanente de représentants de la collectivité dans le processus de production de la ville doit être affirmée : un aménageur privé ne peut (ne doit) pas assurer seul,  la cohérence du projet et son adaptation aux besoins de la population.
Ce premier article sur la maitrise d’ouvrage des opérations d’aménagement sera suivi de beaucoup d’autres tant nous pensons que cette question doit être  au cœur de la réflexion des communes. La réussite de l’opération de Rieselfeld  nous confirme dans cette intuition que la clé se trouve dans la maitrise de ce processus démocratique coordonné par la Ville  et non dans les mains de grands noms  de l’architecture qui n’ont souvent qu’une obsession : paraître dans les revues branchées.

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