Boîte à i-DD, Dialogue participatif

Galerie De retour de Fribourg…

De la participation au projet d’aménagement

On connaît du quartier Vauban son tramway, ses rues et ruelles sans voitures mais remplis d’enfants, ses parkings solaires, ses amples espaces verts pourvus d’aires de jeu et des pistes cyclables, ses maisons et immeubles mitoyens, sur de petites parcelles, sa végétation abondante, son ambiance paisible, comme un air de petit village où tout le monde se connaît, qui nous fait oublier la densité du quartier. Un miracle ? Une exception qui confirme la règle ? Une bulle ?

Rieselfeld : autre quartier, autre fonctionnement. Une densité plus forte (50 logements à l’hectare), un peu plus de voitures, et toujours le même calme, la même convivialité, dans un secteur peut-être (il faudrait le demander aux habitants) plus fonctionnel grâce à l’offre en équipements, commerces et services développée. Les Fribourgeois auraient-ils un truc que les autres – nous autres – n’ont pas ?

Nos rencontres dans ces quartiers ont permis de toucher du doigt une autre caractéristique commune à ces deux projets, nettement plus difficile à percevoir par une simple visite du quartier, puisqu’il s’agit du processus d’élaboration du projet basé sur la participation des habitants.

 Je ne suis pas en mesure de retracer l’historique exact du montage de projet, mais voici quelques exemples concrets de cette implication individuelle qui nous ont interpelés à l’agence :

►    Rieselfeld, à l’origine, champs d’épandage des eaux usées de la ville (Fribourg compte plus de 200 000 habitants). La collectivité décide la création d’un nouveau quartier sur ce site de plus 100 ha, et nomme un coordonnateur du projet. Le site ne fait pas l’unanimité, loin de là ! Plutôt que d’aller à la confrontation, le coordonnateur place une roulotte sur le terrain et un travailleur social à l’intérieur, dont la mission est de collecter l’ensemble des remarques, questions, suggestions des habitants. Dans cette roulotte, se retrouvent les élus, les concepteurs et les premiers habitants qui s’impliquent dans le projet. Ceux-ci sont des personnes intéressées à venir s’installer dans le futur quartier, ou simplement concernées par l’avenir du site. L’esquisse est produite à plusieurs mains, plusieurs voix, et surtout à grosse maille.

►    La roulotte devient étroite : un baraquement plus grand la remplace. Il continue de recevoir les doléances et propositions de chacun. Le projet y évolue, « in situ ». Aujourd’hui, à la place de cette roulotte, se tient le centre socio-culturel du quartier, équipement public géré par l’association de quartier qui compte encore aujourd’hui dans ses membres les premiers habitants impliqués. Cet espace, central, est le cœur de Rieselfeld. Il met à disposition des habitants ses salles. Il est également le relais des initiatives individuelles : un habitant souhaite monter un groupe de musique, faire du théâtre, apprendre à tricoter, faire du troc de services, il se rend au centre pour proposer son projet et trouver des partenaires.

►    Cet investissement des habitants, on le retrouve dans la manière de construire des logements. Que ce soit à Vauban ou à Rieselfeld, une grande part des constructions sont des « Baugruppen », en français, des constructions groupées. Le principe est simple… sur le papier. Un groupe d’habitants (entre 2 et 18 !) achète un terrain puis recrute un architecte pour concevoir leurs logements. Selon la configuration du terrain et les besoins exprimés, ce groupe construit un immeuble de plusieurs appartements ou un ensemble de maisons individuelles groupées*. Ils y trouvent là plusieurs avantages :

  • le partage du coût d’achat du terrain permet de réserver la majeure partie du budget à la construction du logement proprement dit.
  • chacun dispose d’un logement adapté à ses attentes : que ce soit en appartement ou maison, les duplex ont l’air assez répandu, et les surfaces habitables plutôt confortables (entre 100 – 120m²).
  • les espaces libres de la parcelle sont répartis entre les habitants, et selon la configuration du terrain. Quand cela est possible, une part est partagée entre tous les habitants. On y trouve souvent le local vélo de la copropriété, parfois un espace vert.
  • l’aventure que ce doit être de monter un projet de logements à plusieurs, avec les discussions animées que cela suppose… ne forme t-elle pas une bonne base pour les relations de voisinage ?

►    Le droit d’usage – le devoir d’entretien : un concept primordial dans ces deux quartiers. Dans les « Baugruppen », les espaces partagés sont entretenus par chacun. Si la terrasse d’un appartement donne sur un espace commun, l’habitant de l’appartement a le devoir d’entretenir la surface de cet espace qui longe la façade de son appartement. En contrepartie, il a droit d’utiliser de façon plus privilégiée une part de cette surface commune pour son propre plaisir, tout en maintenant l’accès pour ses voisins. La bonne entente et la politesse font le reste…

A Vauban, une fois les espaces verts « livrés », les habitants se les sont « appropriés ». Un tel a planté un rosier au pied de l’arbre devant chez lui, tel autre, des tournesols, son voisin des marguerites. Les coulées vertes qui séparent chaque îlot sont également aménagées en concertation : espaces de jeux, barbecue, banc, fleurs, c’est le comité de quartier qui décide selon ses besoins. Cette liberté d’usage des espaces communs compense l’absence de grands jardins et favorise la rencontre, l’échange.

 ►    Un dernier exemple pour la route : à Vauban, les parkings sont regroupés pour rendre aux piétons le maximum d’espaces publics. Aujourd’hui, le quartier dispose de deux parkings silos. Les habitants, conscients que leurs enfants grandissant auront une envie et un besoin légitimes de véhicules, versent à l’association en charge du quartier Vauban une « contribution » (jusqu’à plusieurs milliers d’euros par contributeur) pour l’édification d’un troisième futur silo afin d’abonder la part de la municipalité. Ce fonds n’est pas un acte de générosité pure, mais de logique : ce futur silo est à la fois la garantie du maintien de la qualité de vie dans les années à venir, en même temps qu’un placement. A terme en effet, chaque contributeur bénéficiera d’une ou plusieurs places qu’il pourra vendre, louer ou utiliser selon son besoin.

Pour conclure, oui, Rieselfeld et Vauban sont des exceptions, même en Allemagne ! Mais l’impression de calme, de bien-être, de sécurité y sont tellement fortes qu’on se surprend à s’y projeter habitant. Est-il possible d’envisager les mêmes approches en France ? Avis aux amateurs…

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