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Des rues vivantes grâce à la gestion des « frontages » : épisode 4

Episode 4 : les enseignements

Après ce tour d’horizons des pratiques de « frontage » émergentes en France, apparaissent plusieurs enseignements :

Définir le concept pour mieux le partager :

Lors d’une rencontre récente avec Nicolas SOULIER aux Tables Rondes organisées par l’association Îlink de Nantes sur « Comment favoriser la porosité entre espace public et espace privé », il indiquait avoir relevé un frein étonnant à la mise en place de « frontage » : c’est l’absence de terme technique adéquate permettant aux professionnels de le dessiner sur un plan. Après tout, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ! Il en a donc profité pour nous donner une définition simple du « frontage » : c’est l’espace ouvert situé entre la façade de la maison ou de l’immeuble et l’espace dédié à la circulation (un trottoir en ville, une voie partagée dans un nouveau quartier…), aménagé et utilisé par les riverains.

Où faire du « frontage » ?   > Partout !

•   Les nouveaux quartiers : profitons de la page blanche pour créer dès maintenant cet espace !
•   Les centres des villes et villages : cette pratique existe spontanément partout en France. Faites un tour dans votre commune, vous en trouverez ! Alors, pourquoi pas encourager cette pratique et la développer dans les espaces stériles ?
•   Les lotissements : le frontage comme projet de réappropriation des rues par leurs habitants.
•   Et pourquoi pas les zones d’activités ?

Les modes de mise en œuvre :

Il ressort des différents exemples glanés au fil du temps des traits communs :

•   La simplicité : le traitement des frontages « spontané » et non encadré est tout simplement adapté aux moyens d’entretien des riverains qui s’y adonnent ainsi qu’à l’espace disponible. Spontanément, les habitants « collent » leurs plantations à la façade, gardent libre le passage et entretiennent. Cela prend 20 cm d’emprise en ville, un accotement de voirie rurale à la campagne ou tout le jardin de devant dans un lotissement…

Même à Paris ! Rue Crémieu - Source : canalblog/lauralou

Même à Paris ! Rue Crémieu – Source : canalbolg/lauralou

•  Une circulation apaisée : la réappropriation réussie de l’espace public par les habitants s’accompagne systématiquement de mesures limitant la circulation motorisée : zone piétonne, voie étroite, voie partagée… Les partisans du frontage militent d’ailleurs pour établir la prédominance du Code de la Rue sur le Code de la Route.

Une voie en impasse à La Membrolle-sur-Choisille (37) : la rue est aux enfants et à leurs craies

Une voie en impasse à La Membrolle-sur-Choisille (37) : la rue est aux enfants et à leurs craies

•   La participation des habitants : elle est la condition sine qua none. La question est comment passer des initiatives individuelles et encore isolées au développement de cette pratique en urbanisme, sans passer par un cadre réglementaire qui sera nécessairement contreproductif !?

•   La pédagogie par l’action concrète et la mobilisation de tous : il faut croire en la valeur de l’exemple et la force du beau ! C’est bien entendu difficile, car non quantifiable et que finalement, comme le dit si bien Monsieur Soulier, tout repose sur la confiance et le temps.

Donc, avant d’échanger sur une proposition de mise en œuvre concrète, relevons les impacts du développement des frontages dans les villes :

•   Esthétiques : la petite incursion de la vie privée dans l’espace public apporte diversité et agrément à la rue.
•   Humains : les fleurs, les pots, le paillasson, le vélo attaché à la grille, les jeux d’enfants laissés sur le pas de porte … autant de signes d’une présence, d’une vie, d’intérêts et d’habitudes, autant de gages de confiance vis-à-vis des autres aussi, et qui contribuent au sentiment de sérénité et de sécurité à vivre dans un tel quartier. La présence aussi que supposent l’installation et l’entretien de ces espaces favorise aussi la rencontre entre les voisins.
•   Economiques : tant sur le plan de l’investissement que sur celui de l’entretien, ces espaces sortent du champ d’intervention des services techniques des collectivités, tout en participant à l’embellissement de la commune. Quant aux « frontistes » volontaires, le bénéfice de l’enjolivement de son pas de porte est certainement supérieur au coût induit, sinon ils ne le feraient pas !
•   Respect des espaces partagés : l’engagement des habitants à entretenir le fleurissement devant leur maison s’avère bénéfique pour la vie du quartier : moins d’incivilité (stationnement gênant, poubelles laissées sorties, …) moins de dégradations (liée aussi à une plus forte présence dans la rue).

Les exemples abondent autours de nous. Ici, la rue des Remparts à Tours (37)

Les exemples abondent autours de nous. Ici, la rue des Remparts à Tours (37)

Comment s’engager dans cette démarche ? Partageons nos réflexions !

A l’échelle de notre pratique, deux pistes nous intéressent :

1.   En milieu urbain constitué, introduire cette pratique à une petite échelle, lancer le débat, et faire tache d’huile ensuite sur le reste de la cité.
Cela suppose concrètement de proposer aux habitants qui le souhaitent de fleurir leur pied de façade. Pour une commune qui souhaite initier le mouvement, le dialogue participatif est nécessaire pour identifier les habitants volontaires dans cette expérimentation et définir avec eux les modalités d’intervention sur l’espace public.

2.   Dans les nouveaux quartiers :
Insérer une pratique des frontages dans les plans de masse de nouvelles opérations, quelle que soit la procédure envisagée, passe par l’étape obligatoire de définition des conditions de mise en œuvre, et ce dès les études de faisabilité. En effet, pour les rendre opérationnelles, ces dispositions sont à insérer dans le cahier des charges de consultation de l’aménageur ou du lotisseur. Si cette action n’est pas pensée à ce stade, elle sera bien difficile à faire admettre a posteriori à l’opérateur désigné !

Quelques questions à se poser dès le départ :
o   Quelles dimensions et quelles localisations ?
o   Quel statut, public / privé / les deux ?
o   Quel « encadrement » ? Leur implantation doit être prévue par l’aménageur, en fonction du statut conféré.

 Si privé, cela suppose (malgré tout) de préciser les conditions d’aménagement (limitation des clôtures, usages du sol interdit)

 Si public, le frontage peut être un corollaire de la petite taille des parcelles : un espace public où des usages privatifs sont admis dans le cadre d’une convention avec la collectivité. (plantations, stationnement vélo, installation de mobiliers, …)

o   Quel traitement initial, avant l’arrivée des habitants ? Leur délimitation (a minima), leur traitement initial (apport de terre végétale, compost et paillage) peut être pris en charge à moindre frais par l’aménageur.
o  Quel accompagnement ? Le dialogue participatif initié dès la conception du plan jusqu’à l’installation des habitants permet à la fois d’éprouver la faisabilité et d’adapter cet espace aux usages souhaités.

Un vaste chantier s’ouvre ! Avis aux amateurs !

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