Formes urbaines

Le Hameau des Fées de Paluel : projet ou catalogue ?

Projet singulier, architecture contemporaine en milieu rural, des équipements fédérateurs, manifeste de paysage, Prix de l’aménagement urbain 2013… Il semblait être indispensable d’aller visiter l’opération du Clos des Fées à Paluel, en Seine Maritime (76).

Nous nous y sommes rendus au petit matin d’une journée très ensoleillée. Toutes les conditions étaient réunies pour admirer le caractère remarquable de l’architecture, la qualité, l’extrême soin du décor paysager.

De quoi s’agit-il ? Le Clos des Fées est une opération d’extension urbaine sur un foncier communal, de maîtrise d’ouvrage communale. Le programme porte notamment sur la réalisation de 18 logements locatifs (ou « chaumières ») communaux.S’ajoutent deux gîtes et des locaux communs, communaux.

Si vous ressentez le besoin de visualiser concrètement les 16 cibles de l’AEU, le Clos des Fées est fait pour vous. Le chemin de l’EAU est partout présent. Des noues plantées matérialisent les limites de parcelles. Les bassins de retenue sont paysagés. L’auto stationne sur un lit de cailloux. Vous pourrez admirer la montée des eaux depuis des pontons abrités. L’ENERGIE du vent anime l’éolienne agricole pour les besoins du réseau hydraulique. Les capteurs solaires pour l’eau chaude sont là aussi. La collecte sélective des DECHETS est regroupée en un point de conteneurs enterrés. Le rassemblement des bacs OM est matérialisé au sol par un pavage calcaire. Une pergola en assure l’insertion dans le site. RESSOURCES NATURELLES et ECONOMIE LOCALE ? Les matériaux utilisés et leur mise en œuvre relèvent de l’artisanat d’art. Les toitures combinent zinc et chaume. Les bardages accommodent zinc et bois. Les murs et murets protégeant des vents dominants sont faits de terre. Des incrustations de galets, de terre cuite et de verre anoblissent la rusticité du terroir. Les installations des aires de jeux sont « faites maison ». Le volet SOCIAL est traité. Les loyers sont modérés. Les logements sont haut de gamme, vastes, équipées de pièces parquetées, de larges baies…

Le clos est l’extension du hameau de Conteville, distant de quelques kilomètres de Paluel. Cet isolement nécessitait la mise en place d’équipements fédérateurs. L’étude de programmation (le concours d’architecture) a conduit à la création d’une maison commune de 840 m², de 2 salles polyvalentes de 100 m². La sensibilisation des futurs résidents au jardinage ouvrier aboutit à la construction d’un atelier de rempotage de 70 m². L’insertion de ce dernier dans le projet est totale : toit de chaume, larges vitrages, pas japonais en galets pour y accéder, et bacs inox pour les réserves d’eau.La CONVIVIALITE est impérative ! Nous ne sommes pas certains du confort des chaises de jardin pivotantes – assise bois et dossier métal – mais elles sont magnifiques. Le projet est solidaire des difficultés des intermittents. Le quartier des Fées les accueillera en résidence grâce aux 3 ateliers d’artistes de 330 m². La dimension GESTION DURABLE n’est pas écartée puisqu’ont été créés deux postes, un maître jardinier et une directrice de la Maison commune. Charge pour eux d’animer le lieu et ses équipements.

En conclusion, le catalogue de l’Eco quartier est complet. Reste, pour l’avenir durable, la question de l’aléatoire que la vie introduira inéluctablement. Ceci me fait un peu penser aux séchoirs électriques dont ont été équipés nombre d’appartements dans les ZUP des années 70. A l’époque, le souffle du mouvement des 30 glorieuses s’est accompagné de la révolution des « arts ménagers ». La vie monotone de la ménagère allait en être radicalement changée. Malheureusement, du fait de leur consommation rédhibitoire, les séchoirs ont été rapidement laissés de côté. Le linge est revenu décorer les balcons. N’est-il pas puéril de considérer que la félicité du jardinage, ou la création en art, sont à ce point inéluctables ? Que les individus s’y emploieront de fait pourvu que les installations et que la sensibilisation soit là ? Hors du clos des fées, il faudra bien laisser une part d’aléatoire dans nos projets pour que de vrais gens fassent ce dont ils ont envie de leurs loisirs.

On peut également s’interroger sur l’intérêt et l’opportunité qu’il y a à promouvoir un projet, certes de très grande qualité, mais qui est mis en œuvre dans un contexte économique totalement hors norme. La centrale nucléaire toute proche, l’opulence, exonère la maîtrise d’ouvrage de toute considération financière.

Les enjeux auxquels élus et techniciens sont confrontés sont ceux de LA RARETE. La rareté des ressources, des financements, etc. Elle oblige à l’innovation dans les process en urbanisme.

Alors « le Clos des Fées » : vrai projet qui fait avancer la cause ou outrecuidance urbaine ? A vous d’en juger !

Cliquer sur les images pour les agrandir

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>