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L’éco-quartier : miroir aux alouettes ?

5. L’éco-quartier : miroir aux alouettes ?

Nos réalisons depuis 7 ou 8 ans des déplacements fréquents outre Rhin et en terres scandinaves pour apprendre des urbanistes de ces pays, nous venons d’y tourner un film en 2013 et y accompagnons des élus et techniciens français curieux d’apprendre de ces cultures avancées.

Nous avons, comme tant d’autres, applaudi aux initiatives générées par le Grenelle de l’Environnement. Nous nous sommes réjouis des mesures issues de la LOI SRU sur la préservation des terres agricoles et sur la nécessité d’envisager un urbanisme plus économe de son foncier.

Nous avons joint notre voix au chœur des chantres d’un nouvel urbanisme qui, de colloques en colloques, d’appels à projets en concours d’éco quartiers, ont porté la bonne parole après trois décennies de développement pavillonnaire incontrôlé.

Nul passéisme, nulle réaction dans nos propos.

Cependant un premier bilan se dessine doucement de ces quelques dernières années de pratiques. Beaucoup de bruit, beaucoup de fureur même, des avancées considérables dans le domaine de la consommation foncière, une prise en considération de la nécessité de la mixité au cœur des nouveaux ensembles, de nouvelles formes audacieuses parfois, des circulations douces mieux conçues , des quartiers mieux équipés , des bâtiments plus économes en énergie … sans doute. Le nouvel urbanisme, qui se profile depuis une dizaine d’années, présente sur de nombreux points des avancées non négligeables. Dont acte et nous nous en réjouissons.

Le « soufflé », pour utiliser un langage culinaire, n’est-il pas en train de retomber ? N’assiste-t-on pas depuis une ou deux années à un refroidissement clair de cette émulation qui a révolutionné nos pratiques pendant quasiment une décennie. Le vent de liberté et d’innovation qui a gagné le petit monde de l’urbanisme s’essouffle.

La confiscation de cette promesse est en cours. Création de normes, enfermement dans un corset réglementaire, alourdissement des procédures, multiplication des contrôles, imposition d’indicateurs, normalisation des standards applicables au nom d’une modernité aliénante, banalisation des formes architecturales résultant de l’application de normes énergétiques étroites.

Sait-on que quand une commune fait le choix de la ZAC comme procédure de développement (choix compréhensible au regard des procédures disponibles en matière d’urbanisme) elle aura droit aux faveurs renforcées des administrations qui vont multiplier les contrôles au titre du dossier de création, à celui de la DUP puis du dossier Loi sur l’eau, entre autres ? Honneur du vice à la vertu !

Sait-on encore que la durée de la conduite d’une procédure de ZAC est en moyenne de quatre ans, comptant la phase de faisabilité, de création, de consultation puis de réalisation ? Cela signifie simplement qu’un maire préoccupé par la situation des demandeurs de logements sur le territoire de sa ville ne verra pas le démarrage des travaux sur le projet qu’il aura initié durant son mandat.

Le concept d’éco quartier :

« L’éco quartier est une opération d’aménagement durable exemplaire. Il contribue à améliorer notre qualité de vie, tout en l’adaptant aux enjeux de demain : préserver nos ressources et nos paysages, tout en préparant les conditions de la création d’une offre de logements adaptés aux besoins ».

Des centaines de communes ont fait le déplacement vers les opérations d’aménagement exemplaire : les métropoles de Rennes et de Nantes ont ouvert la voie, suives par d’autres agglomérations. Une passion est née y compris dans des communes de petite taille.

Or aujourd’hui il nous semble que cette parole et cette promesse de renouveau sont en passe d’être confisquées de plusieurs manières.

  •  Par la norme, nous l’avons suffisamment dit. Eco quartier égal densité normée, pourcentage de typologies « denses » (collectif et habitat superposé) imposé aux communes.
  • Par la question énergétique, importante s’il en est mais qui ne peut couvrir tout le champ de la réflexion pour un véritable éco quartier.
  • Par une profession, celle des architectes, qui du fait de sa technicité, fait souvent main basse sur les éco quartiers au détriment d’autres approches. Quelques architectes très reconnus et médiatiques trustent la quasi-totalité des commandes, reproduisant dans une multitude de quartiers les mêmes approches, les mêmes schémas et en finale la même architecture. Qui dira la connivence extraordinaire qui existe aujourd’hui entre les maires de quelques grandes (et moins grandes) collectivités et quelques grands noms de l’architecture ? S’assurer de la présence d’untel ou d’untel donne la garantie d’une couverture médiatique de haut vol.

La création d’un véritable éco quartier est un exercice démocratique et relève d’une démarche politique dans laquelle les élus doivent occuper le devant de la scène et s’impliquer. Un grand nom de l’architecture ne créera jamais seul un quartier durable. De même les instances de contrôle ne seront jamais force de proposition et ne permettront pas d’aboutir à cette politique du résultat que requiert une démarche d’éco quartier.

Lien vers les articles précédents : 

1. La planification : étape stratégique où tout se noue

2. L’absolu règlementaire : le rêve prométhéen

3. La question foncière : un terrain miné

4. Elus locaux : entre le marteau des administrations et l’enclume des promoteurs

1 Commentaire

  1. Merci pour cet excellent article qui explique clairement que le succès de la création d’un écoquartier passe par la coordination d’une multitude d’acteurs affectés à des tâches propres.
    N’oublions pas les promoteurs constructeurs immobiliers, sans qui ces projets ne pourraient voir le jour.

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