Formes urbaines

L’équipe de maîtrise d’œuvre dans les opérations d’aménagement en ZAC : épisode 1

Episode 1 : le rôle du concepteur dans la fabrication d’un nouveau quartier

Notre deuxième série d’articles va se pencher sur cette question essentielle qu’est la définition de la place du concepteur dans l’acte d’aménager.

Cette question est, selon nous, au cœur de la réflexion sur l’aménagement. Pourquoi ?

• Nous l’avons suffisamment décrit dans notre série d’articles sur les pièges de l’aménagement (voir le blog), beaucoup de communes sont tombées dans le piège qui consiste à confier la réflexion sur le projet communal à un concepteur avant même d’avoir réfléchi à la définition politique du projet : programme , économie, phasage, etc. Les mâchoires du piège sont terribles pour les communes qui réalisent tardivement que le plan de masse proposé par le concepteur induit des typologies puis un bilan, qui ne leur conviennent pas.

• La deuxième tentation, bien française, consiste à vouloir décrire le détail des aménagements futurs d’une opération dont la durée de vie oscillera entre 10 et 15 ans, quand ce n’est pas plus pour les grands projets. Ce rêve prométhéen (voir le blog) qui vise à envisager de manière incroyablement précise des aménagements et des préconisations architecturales pour des secteurs dont la réalisation n’interviendra pas avant dix ans constitue une double erreur : le code de l’urbanisme ne demande pas cette précision (la ZAC étant un outil de souplesse et d’adaptation permanente) d’une part, et cette soif de réglementer se traduit immanquablement par une rigidification qui entrainera, quelques années plus tard, des délais supplémentaires d’adaptation, d’autre part.

Au travers de ces deux pièges rappelés ci-dessus, on voit clairement se dessiner une problématique de la conception dans l’aménagement : elle ne peut et ne doit pas faire office de projet à elle seule et ne doit pas figer le projet en l’enfermant dans un corset de détails dont on sait qu’il sera bien difficile de sortir au moment de la construction.

L’évocation de ces deux pièges nous conduit clairement à nous poser la question de la définition de l’aménagement d’un quartier. Sans entrer dans le détail, nous pouvons entrevoir quelques-unes des dimensions de l’aménagement :

Politique : quel devenir pour la commune sur les plans démographiques, de la réponse aux besoins en équipements, quel phasage des réalisations etc. ?
Sociale : quelle population accueillir, à quels besoins répondre prioritairement etc. ;?
Urbaine : quel site retenir, quelle greffe réaliser sur le tissu existant, quel désenclavement préconiser etc. ?
Economique : quelle économie de projet retenir ? participation communale au déficit de l’opération ou au contraire participation du futur aménageur à l’effort d’équipement de la commune ?

On l’imagine aisément au travers de cette évocation des dimensions, le travail de conception ne peut faire office d’unique réponse aux défis de l’aménagement. Il doit l’accompagner, l’illustrer mais non le précéder ou le remplacer.

Profitons de cette mise au point pour préciser notre credo en matière d’aménagement de nouveaux quartiers : trois concepts guident notre démarche de construction d’un projet d’aménagement de nouveau quartier. Ils correspondent à des préoccupations simples et évidentes.

L’holisme : La démarche holistique en matière d’aménagement se traduit par la volonté de prendre l’ensemble des paramètres en compte et de les traiter à parité et par itération les uns avec les autres.

L’incrémentalisme : la démarche incrémentaliste (voir Lucien Kroll) repose sur la nécessité de construire le projet pas à pas et de laisser du temps au temps : ne pas enfermer le projet, laisser la place aux différents acteurs de proposer des modifications sur leur cadre de vie, impliquer dans un dialogue permanent l’ensemble des acteurs : professionnels, promoteurs, futurs résidents.

La vicinitude : emprunté également à Lucien Kroll, ce concept peut être traduit par le souci, au travers des aménagements et de la conception d’un quartier, de favoriser les liens sociaux, les relations entre voisins.

Trois concepts structurent notre vision du développement durable d’un quartier :

La sobriété, qu’elle soit énergétique, foncière, économique.

La fonctionnalité, qui trouve à s’exprimer au travers des thèmes importants que sont la mobilité, la création d’équipements et de services au sein des futurs quartiers, etc.

L’aménité qui peut se traduire par la recherche du bien vivre, la préservation de l’environnement, la création de lieux de convivialité etc.

On le voit : au travers des trois dimensions, des trois principes de notre démarche et des trois concepts relatifs à la vision du développement durable, que le rôle du concepteur doit être contenu dans son apport essentiel, mais qu’il ne peut prétendre à lui seul répondre à toutes les questions qu’il convient de se poser quand on ambitionne de créer ex nihilo un nouveau lieu de vie.

Clarifions encore ce point capital à nos yeux : les concepteurs, qu’ils soient architectes ou paysagistes, détiennent un savoir et une pratique dont nous ne disposons pas nous-mêmes, et dont nous reconnaissons bien volontiers la nécessité et l’intérêt. Ces concepteurs ont ce talent de mettre en scène et d’imaginer des formes urbaines qui constitueront l’armature et l’identité du futur quartier. Notre pratique au quotidien nous conduit à nous associer ces compétences indispensables. Nos critiques porteront sur la place et l’ordre d’intervention de ces praticiens et non sur leur nécessité : incontestable !

  > Prochain épisode : la conception du départ de la réflexion jusqu’à la création de la ZAC.

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