Formes urbaines

L’équipe de maîtrise d’œuvre dans les opérations d’aménagement en ZAC : épisode 3

Episode 3 : le choix de l’équipe de Maîtrise d’oeuvre (MOE) par le futur aménageur

1.  LES FORMES DE LA CONSULTATION

On doit distinguer deux formes principales de consultation :
– Ouverte. Cette forme la plus simple consiste à remettre le cahier des charges à tous les  prestataires qui le demandent.
– Sur esquisses : cette consultation, en deux temps, nécessite un temps plus long pour sa mise en œuvre mais présente des avantages non négligeables pour le choix à opérer.

> Consultation ouverte : l’aménageur rédige le cahier des charges, lance la consultation selon les modalités légales et transmet le dossier de consultation à tous les prestataires qui en font la demande. Soyons concis : cette forme, assez peu usitée, présente de nombreux défauts qui en font une forme « en voie de disparition ».

Les inconvénients de cette forme sont effectivement importants : nous ne ferons que les énumérer.

      • La difficulté d’opérer le choix final 

En cette période de crise de la commande, un appel d’offre de ce type génèrera un nombre de réponses, impressionnant (plus de 50 réponses parfois).

Quels critères retenir pour opérer le choix ? Les références (la plupart en ont de conséquentes), la composition de l’équipe de maîtrise d’œuvre (une « grosse » équipe sera-t-elle gage d’implication et de talent ?)

      • Les risques de connivence

Ne pouvant choisir de manière très objective, nous avons souvent assisté à des consultations de connivence. Chaque équipe ayant des références importantes et d’une compétence égale sur le « papier », le choix sera effectué sur la base d’une connaissance antérieure et de relations fortes entre l’aménageur et une des équipes.

      • La prime au « gros »,

comme on la dénomme dans notre jargon, peut constituer une des dérives importantes : ne voulant pas prendre de risques, l’aménageur retiendra une équipe solide et disposant des plus grandes références et ce, au détriment d’équipes compétentes et très motivées et souvent plus jeunes, mais qui n’ont pas encore les références suffisantes. C’est ainsi que nous avons assisté durant le dernier mandat à une concentration de la maîtrise d’œuvre aux mains des mêmes rares équipes qui tiennent le « haut du pavé »… au risque de constater des copier-coller dans toutes les opérations d’aménagement.

> Consultation sur esquisses : décomposée en deux temps, cette forme de consultation pallie, en grande part, aux inconvénients relevés dans la formule précédente.

Le premier temps sera consacré à la sélection des maîtres d’œuvre appelés à concourir (phase de candidature) : références, lettre d’intentions, notes contextualisées, présentation des membres de l’équipe … constituent autant de critères qui permettront d’opérer ce choix et d’ouvrir le panel … y compris à des équipes plus jeunes mais pleines de talent.

Le second sera réservé à l’analyse des esquisses produites par les candidats retenus (en règle générale, 3 équipes sont retenues). Ce second temps constitue pour l’aménageur, comme pour les élus, (comme on le verra dans l’épisode 4) un moment clé dans la vie de la ZAC. Dans la plupart des cas, le maître d’ouvrage organise des auditions – présentations des candidats qui ont, ainsi, l’opportunité de « défendre » leur projet.

2.  LES CONDITIONS POUR UNE CONSULTATION RÉUSSIE 

>  Le cahier des charges : moment – clé de formulation de la commande
Très prosaïquement, ce qui est demandé doit être énoncé clairement :

      • Le programme avec ses typologies bâties.
      • Le pourcentage d’espaces verts et publics.
      • Le ratio de cessibilité (rapport entre la partie cessible et l’ensemble de la ZAC)
      • Les équipements à implanter.

Ces éléments qui correspondent à la commande politique doivent être précisés : ils deviendront des critères d’analyse des propositions.
Dans certains cas, il sera possible d’indiquer un montant de travaux indicatif ou à ne pas dépasser.
Le projet qualitatif devra également faire l’objet d’une première approche. Si la commune ou l’aménageur ont élaboré une charte qualitative et durable, elle sera annexée au CDC.

>  L’équipe de maîtrise d’œuvre

Question récurrente que celle de la composition de l’équipe d’étude ?

      • Qui doit être mandataire ? architecte, paysagiste ?
      • Un BET infrastructure doit il impérativement être intégré dans l’équipe ?
      • Si la réponse est négative un BET extérieur devra analyser la dimension faisabilité et chiffrage des travaux dans chaque projet.

Il n’existe pas de doxa dans ce domaine : à chaque projet son équipe et sa philosophie ! L’essentiel est de se poser la question et de retenir une solution qui « colle » aux différentes facettes du projet.

Quel rendu ?
Question également difficile : les équipes de MOE sont habituées à produire un nombre de panneaux important. Trop ! Pour des raisons d’équité, l’aménageur doit préciser le type de rendu souhaité et l’imposer (sous peine d’être exclu). La rémunération (indemnités) versée par le donneur d’ordre est généralement faible (entre 5 et 10 000 € pour les deux équipes qui ne seront pas retenues). Celui-ci indiquera le nombre de panneaux, leur contenu voire même leur format.

>  Les pièges de la consultation

      • La « lecture du projet » constitue le piège le plus sérieux. « Le poids des mots, le choc des photos ».
Comment analyse- t- on la qualité d’une proposition ? Sur quels critères ?
  – la qualité du graphisme ?
  – l’efficacité du plan de masse proposée ?
  – Etc.

Cette question est complexe. Y interviennent souvent des éléments d’une totale subjectivité. Certains concepteurs, plus techniques, ne sauront pas mettre en valeur les qualités de leur projet. D’autres plus « graphistes » porteront un soin tout particulier à la mise en scène de leur projet, masquant de réels défauts de fond. D’autres enfin, « bêtes à concours », très habitués à ces rendus, et disposant de nombreuses compétences internes, sauront déjouer les pièges et plaire au plus grand nombre. Nous avons assisté à plusieurs reprises à des concours remportés par des équipes qui ont fait appel à des infographistes et perspectivistes professionnels pour « magnifier » leur rendu… et qui l’ont emporté.

« Le choc des photos » peut, on le verra, faire oublier tout le travail de programmation antérieur et mettre la subjectivité au premier rang. Danger !

      • Le piège économique : ce second piège, très corrélé au précédent, repose sur la déconnexion entre l’analyse qualitative du projet et celle des paramètres quantitatifs : respect du programme, coefficient de cessibilité, montant des travaux générés par le projet etc…

Nous poursuivrons et amplifierons cette analyse dans le prochain épisode consacré à la participation des élus à ce processus de désignation de la future équipe de maîtrise d’œuvre.

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