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LES FACETTES DU METIER D’AMO EN URBANISME : 2EME CAS : LA REVITALISATION DES CŒURS DE VILLE

LES FACETTES DU METIER D’AMO EN URBANISME (OU MANAGER DE PROJET)

 

2EME CAS : LA REVITALISATION DES CŒURS DE VILLE

 

 

Contexte :

–   Après des années d’extension urbaine incontrôlée,
–   Devant la paupérisation de nombreux centres villes en souffrance,
–   Face à la quasi disparition de la présence des commerces et des services dans les centres anciens. « C’est le symptôme le plus flagrant de la crise urbaine : les vitrines vides, les façades aveugles, les stores métalliques baissés » extrait du livre d’Olivier Razemon

Ouvrage "COMMENT LA FRANCE A TUE SES VILLES" d'Olivier Razemon - Edition Rue de l'échiquier

Ouvrage « COMMENT LA FRANCE A TUE SES VILLES » d’Olivier Razemon – Editions Rue de l’échiquier

–   Face au défi de la sauvegarde de l’identité patrimoniale de nos centres anciens.

Un nouveau challenge : faire revivre nos centres anciens …

  • Réhabiliter les logements anciens
  • Maintenir les services médicaux au cœur de la cité en créant une structure dédiée
  • Améliorer l’image et les usages des espaces publics du centre-ville ou village
  • Faire revenir les jeunes ménages dans les centres anciens en profitant des mesures fiscales et bancaires, actuellement favorables
  • Maintenir ou réintroduire les commerces et les services de proximité au cœur de la cité… quand il en est encore temps !

… Dans un contexte difficile

  • La réhabilitation et la mise aux normes des logements et du patrimoine coûtent très cher.
  • Les conditions d’accès et de stationnement rebutent de nombreux candidats (que ce soit pour le commerce comme pour les futurs résidents)
  • Le financement des opérations de revitalisation se heurte à la précarité des moyens communaux et à la disparition programmée des subventions diverses.
  • Enfin… toucher à la vieille pierre et à l’identité du village suscite des réactions passionnelles y compris pour les populations qui ne fréquentent plus ce centre ancien.

Les urbanistes commencent à s’alarmer de cette question vitale aux côtés des élus locaux qui sont, eux, en première ligne.

La conjoncture s’aggrave d’année en année. « Nous vivons depuis 2015 une décennie qui sera fatale aux villes moyennes » prophétise le consultant en stratégie, Franck Gintrant.

« En fait c’est tout le territoire qui subit cette métamorphose : les petites villes, les quartiers mal desservis, les territoires ruraux où l’industrie se décline au passé, les bourgs de banlieue et même la périphérie des grandes métropoles….

Dans les petits villages, presque tout le monde a oublié l’époque, pourtant pas si lointaine, où se tenaient quelques commerces, une boulangerie, un bistrot. »
Extraits du livre d’Olivier Razemon.

Comment les urbanistes peuvent-ils apporter leur pierre dans ce combat très inégal face au déclin de nos villes et villages ?

Nous n’avons bien évidemment pas de recettes à préconiser … cela se saurait !

Par contre un grand nombre de collaborations récentes et en cours avec des communes rurales et péri urbaines nous permettent d’envisager modestement quelques pistes de réflexion et d’action.

  • Migné-Auxance (86), 6 023 habitants, se bat pour redonner vie à son minuscule et enclavé centre ancien qui a vu ses derniers commerces rejoindre l’entrée de ville, sur un axe très passant. Qu’est-ce qu’un centre-ville aujourd’hui quand la fonction commerciale disparaît ? Aménager les espaces publics au pied de l’église, valoriser un équipement socio-culturel au cœur du centre ancien, transférer les services techniques hors du centre pour y aménager un équipement, repenser les circulations et les stationnements, identifier les services utiles aux habitants aujourd’hui et demain… Avec un leitmotiv : faire le projet avec les habitants. Et proposer pour cela une méthode participative, fil rouge de la réflexion. Etude en cours.
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Diagnostic en marchant, première étape de la démarche participative

 

  • Dinan (22) , 12 000 habitants. Un territoire communal exigu pour une ville qui fait corps avec la 1ère couronne de 4 communes voisines. Une dernière opportunité foncière au cœur de la ville, au nord de la Gare et de la voie ferrée. Transfert progressif des dernières activités industrielles à la périphérie, tertiarisation de l’économie de la Ville centre, partenariat avec le cinéma local pour s’agrandir au cœur du centre, réintroduction de logements pour des jeunes familles, création de stationnement public au pied de la gare pour favoriser la multi modalité … Le dossier est complexe mais la détermination des élus est grande pour faire revivre cet hyper centre. Affaire à suivre.
Animation d’un workshop d’une journée sur les thèmes de la programmation de logements, des mobilités, du patrimoine (2016)

Animation d’un workshop d’une journée sur les thèmes de la programmation de logements, des mobilités, du patrimoine (2016)

 

  • Bois-Guillaume (76), ses 13 402 habitants, son image cossue de commune riche aux portes de la capitale Normande, son centre traversé par une départementale très fréquentée, des espaces centraux éclatés de part et d’autre de cette voie routière , une Mairie imposante mais des espaces publics  pauvres et peu attractifs, des commerces alignés le long de la départementale etc. Création –rénovation d’un équipement scolaire, création de plus de 100 logements au cœur de la cité, des RDC commerciaux, création d’un parking sous terrain, aménagement de ruelles piétonnes entre les différents pôles du futur centre,   des curetages d’ilots pour réintroduire de nouvelles populations et quelques commerces de bouche…. Le tout aux portes d’un supermarché. Un programme riche, une réelle ambition, un engagement total de l’équipe municipale … le tout dans le cadre d’un dialogue riche avec la population locale. Work in progress !
plan d’aménagement de la la ZAC du quartier de l’Hôtel de Ville - Agence Guillaume Sevin Paysages, 2016

Plan d’aménagement de la ZAC du quartier de l’Hôtel de Ville – Agence Guillaume Sevin Paysages, 2016

 

  • Vauchrétien (49), ses 1 600 habitants, sa proximité de Brissac-Quincé aux portes de la capitale de l’Anjou. Un village viticole qui lutte depuis des années pour ne pas dépérir et pour conserver et améliorer son potentiel d’attraction. Un terrain communal au cœur du village : l’ancien stade de football qui jouxtait l’église ! Une opportunité très singulière pour la création d’un parc paysager, un programme de logements en accession et en location, un bâtiment communal d’activités pour un pôle de santé, quelques commerces et une enseigne alimentaire de proximité, avec un aménagement des voies et espaces publics riverains etc. L’affaire va bon train… ? Les 1ers résultats enfin attendus sous peu : l’équipe municipale resserrée au tour de son maire aura de vraies raisons d’être fière.

Vue en perspective de l’aménagement du parc urbain sur l’ancien stade de football – Agence Guillaume Sevin Paysages, 2014

 

  • – La Chaize-Giraud (85), 1 017 habitants. Un centre bourg qui périclite autour de sa mairie. Une opportunité foncière, des élus motivés qui ont fait de la revitalisation leur obsession, la création de 8 logements, la requalification des espaces publics au pied de la Mairie , la réhabilitation d’un commerce et la création de quelques boxes supplémentaires … un vrai sujet de fierté pour une équipe municipale qui s’est bien battu.
Plan masse - Agence Sophie Blanchet

Plan masse – Agence Sophie Blanchet

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La Chaize-Giraud (85) – Nouveau commerce créé

 

Nous pourrions multiplier ces expériences qui permettent de rompre le cercle de la fatalité et de la désespérance. Des solutions existent. Certes elles ne bouleversent pas la donne globale. La menace d’asphyxie par la voiture, par l’omniprésence de la voiture et l’évasion commerciale … est toujours présente. Quels premiers enseignements peut-on tirer de ces aventures ?

La revitalisation d’un centre- ville exige avant tout :

1. Une grande opiniâtreté de la part des élus : une telle action s’inscrit au minimum sur deux mandats.
2. Un vrai courage politique tant les détracteurs se manifesteront beaucoup plus que les admirateurs.
3. Un engagement financier réel : les subventions ne compenseront jamais la cherté du foncier et des aménagements qualitatifs en cœur de cité.
4. Un vrai dialogue avec les acteurs directement concernés (riverains, commerçants, usagers, …) : c’est le volet collaboratif.
5. Une réelle transparence voire une participation de la population dans les choix fondamentaux : c’est le volet participatif qui dans un sujet aussi sensible s’avère souvent précieux même s’il est exigeant.
6. La présence aux cotés des élus d’une équipe technique soudée et compétente.

 

Le rôle du manager de projet aux cotés des élus locaux :

 Si l’urbanisme et plus encore l’assistance au maître d’ouvrage urbaine requiert une transversalité réelle dans l’approche, cette qualité est, a fortiori, encore plus d’actualité dans le domaine de la revitalisation d’un cœur de ville. Toutes les composantes du fait urbain sont présentes dans un centre-ville : l’histoire, le patrimoine, la culture, les services directionnels, les usages, la fonction commerciale, etc.

Le maire et son équipe ont un rôle majeur dans la conduite du projet : ils sont, du fait de leur bonne connaissance du milieu local et des forces en présence, les garants des grands équilibres et les pilotes.

L’approche techniciste, qui consiste à donner les clés du projet à une équipe technique omnisciente, est à l’origine des échecs les plus retentissants.

• Le manager de projet doit se mettre au service du projet.

o  Son rôle (avec les compétences qui lui sont propres : juridique, financière, procédurale, sa connaissance du rôle des différents prestataires etc.) est celui d’un maïeuticien (d’un accoucheur en d’autres termes).
o  Il écoute, il conseille, il met en garde, il coordonne, il accompagne… il n’est pas lui-même acteur (il laisse ce soin à d’autres). Il est l’homme-orchestre qui, aux côtés du maire et de son équipe, va faire vivre le projet, va en coordonner tous les acteurs, va proposer des modes de participations citoyennes qui vont permettre aux élus de faire reconnaître la légitimité du projet. De ce fait, l’AMO doit bénéficier d’une confiance totale des élus. Sans celle-ci point de salut : le chemin du projet urbain est un chemin difficile, escarpé et semé d’embûches.

Quoi de plus passionnant pour une équipe dédiée au management de projet que de voir un beau projet urbain de revitalisation prendre forme. Ce métier réserve son lot de tracasseries comme beaucoup d’autres. Mais, dans ce domaine, il offre des récompenses magnifiques.

Comme le dit si bien Olivier Razemon : opus cité.

« Depuis le Moyen Age, le bourg est un organisme vivant, un éco système, un biotope. C’est la place du marché mais c’est avant tout un lieu de rencontres… Mais la ville n’est pas seulement faite d’histoire. Elle porte aussi l’avenir … on apprend mieux qu’ailleurs à connaitre l’autre, à le fréquenter, à ne pas ne avoir peur ». P. 181

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