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Note de lecture : OLIVIER PIRON in « L’URBANISME DE LA VIE PRIVEE »

Olivier Piron a occupé un certain nombre de postes importants dans la nomenklatura de l’urbanisme français. Ancien secrétaire général du PUCA, il a su, du haut de cet observatoire, contempler l’évolution des pratiques urbaines dans ce pays. Il en tire des enseignements précieux et … féroces sur ces dites pratiques et leurs excès.

Nous vous invitons à lire cet ouvrage qui enseigne et qui dérange en même temps : un ouvrage à chaudement recommander à tous les urbanistes de France. Nous vous en sélectionnons quelques morceaux choisis.

1. La ville doit avoir une forme pour être constituée – sinon ce n’est que du tissu urbain CHOAY 1994. Alors se trouve le royaume des architectes – urbanistes.

Portzamparc.  » je vois l’urbanisme comme le résultat d’une lutte entre deux énergies, deux courants, d’un côté l’expression anarchique , vivante , des besoins et des désirs, des pressions individuelles, de l’autre l’action publique ordonnatrice qui défend l’intérêt collectif en garantissant et en limitant le droits individuels. » Citoyens de base circulez, il n’y a rien à voir.

2. Au centre-ville les SEIGNEURS ; l’hyper centre avec ses qualités de rencontres aléatoires , ses externalités positives et ses capacités de coc présences multiples .Ses habitants sont réputés ALLOPHILES c’est-à-dire réputés s’aimant les uns les autres.

Tout à côté se développe une véritable cour des miracles : les quartiers peuplés d’ALLOPHOBES.
Au contact immédiat de la ville des seigneurs se trouvent les MANANTS. La banlieue peut toujours être définie comme le ban du seigneur. Page 28

Plus loin les ILOTES. Ce mot grec désignait les citoyens au statut diminué attachés à leur glèbe au profit des seigneurs. C’est bien le cas des périurbains rituellement chassés de la ville assez loin pour que leur demande de logement devienne solvable. A moins qu’ils n’aient fui par hostilité aux autres. Alors ils seront qualifiés d’ALLOPHONES.

Enfin les CROQUANTS. Cette fois ils habitent le rural dit profond, cultivent la terre et maintiennent les valeurs écologiques et paysagères en accueillant parfois les urbains qui veulent retourner à leurs sources …. Page 29

En définitive le discours de l’urbanisme centrisme qui ne voit le territoire que par les vertus de la ville de seigneurs est d’abord un discours de classe – ayant ses emplois et ses lieux de résidence dans la ville-centre – et des ponts de chute dans les campagnes qu’on se garde de regarder de trop près. En fin de compte la valeur attachée aux différents secteurs géographiques est proportionnelle aux niveaux de diplômes détenus par les habitants.

De façon récurrente depuis 40 ans des ministres déclarent gravement qu’il faut mettre fin à l’urbanisme réglementaire pour passer à un urbanisme de projet. Mais cela se traduit bien sur in fine par des textes en plus alors qu’il faudrait bien évidemment des textes en moins et plus de souplesse rédactionnelle. Page 49

3. L’idéologie urbaine prône la densité urbaine sans se demander à quoi elle correspond ou non, aux attentes et aux besoins des diverses catégories d’habitants, et sans réfléchir aux conditions de son acceptabilité. Et elle manifeste une hostilité claire à la maison individuelle, en dépit de la demande constante des français pour ce type d’habitat.

Alors cessons de considérer les habitants comme des acteurs de second ordre dans les démarches urbaines, destinées simplement à choisir parmi les offres qui leur sont faites.

Au contraire, postulons qu’ils sont de fait les véritables décideurs urbains par les choix qu’ils effectuent. Cette approche repose sur le choix de leur domicile par les habitants, sur leur élection de domicile. Bien entendu la vie privée englobe toute la vie des personnes, depuis leurs désirs d’espaces de jeux, de cours d’école et de cours de récréation, en passant par la vie personnelle au sens habituel, leur vie professionnelle puis la période après cessation d’activités. Page 52

Mais dès lors que la finalité est bien l’épanouissement personnel, il est logique de s’appuyer sur les attentes des Français et la façon dont elles sont traduites dans leur choix. Or ils partent bien entendu de leurs conditions de vie, de leurs modes de vie, de leurs exigences en tout genre pour leur habitat, avec des critères relevant aussi bien de leurs désirs que de leur situation de famille, ou encore de leurs capacités financières. Page 69

4. Une analyse récente a chiffré à environ 100% l’augmentation du prix du mètre carré des appartements entre 2000 et 2010 contre « seulement » 50% pour les Maisons. C’est donc la Ville si je peux me la payer. Page 92

5. Les discours sur le coût de l’étalement urbain pour les collectivités sont infondés. Page 96

Ils reprennent les diatribes de la Charte d’Athènes contre le coût des circulations horizontales et reposent essentiellement sur les recherches d’il y a trente ans, axées sur le seul coût de la voirie supplémentaire par logement en zone rurale. En effet dans les petites communes sans grands frais généraux, les constructions complémentaires prennent souvent à la marge les équipements publics déjà existants- voirie, eau, école- alors que les constructions rapportent de la TH et de la TF. Le budget communal s’en trouve amélioré. Et surtout l’existence de maisons complémentaires apportent des enfants à l’école, et contribue à sauver la vie des éventuels commerces puis de la commune comme centre vivant autonome. Page 97

Les maires bâtisseurs sont globalement aujourd’hui les maires ruraux : Page 99

6. La maison individuelle : vrais et faux sujets.

Les Pays-Bas et la Grande Bretagne avaient fait de la densité avec des maisons. Ils sont plus peuplés que la France avec des maisons qui représentent environ 80% de leur parc de logements.

P. Bourdieu dans » les fondements de la misère petite bourgeoise ». Ces habitants des pavillons préfabriqués qui, attirés par le mirage d’un habitat faussement individuel, ne connaissent ni les solidarités de vieux quartiers ouvriers ni l’isolement des quartiers cossus ».

« Que veulent les êtres humains, par essence sociaux, dans l’habiter ? Il veulent un espace souple appropriable, aussi bien à l’échelle de la vie privée qu’à celle de la vie publique, de l’agglomération et du paysage. » Henri Lefèvre en 1966.

7. LES INTERPELLATIONS PRÉSENTES

La question de la transition énergétique

Une première approche erronée concerne l’analyse environnementale des déplacements. Elle ne s’appuie généralement que sur les déplacements domicile-travail des actifs. Or ces déplacements ne concernent que 20% des déplacements. Sont laissés de côté les déplacements liés aux loisirs, tous les déplacements faits en avion. Les dépenses en CO2 par personne sont proportionnelles aux revenus des personnes concernées.

Alors quand une politique du logement se conduit à coups de normes supplémentaires sans évaluations financières et que des volontés exprimées en matière d’urbanisme vont strictement a l’encontre de toutes les vérités économiques repérées par qui veut depuis longtemps , ne peut-on pas se mettre à parler d’une certaine préférence française pour le mal logement ? Page 165

Et les Scot et les PLU ne devraient prononcer aucune injonction à la densification sans avoir vérifié ni sa faisabilité physique réelle, ni la compatibilité des prix de sortie envisagés avec le revenu réel des ménages concernés. Page 174

On est bien certain que ce livre ne changera pas la donne dans nos pratiques du moment tant les conservatismes et les rentes font une résistance féroce. Néanmoins, Olivier Piron nous incite à l’action et parsème notre chemin de « petits cailloux blancs » tels qu’évoqués par Jean François Caron (maire de Loos en Gohelle). Il a le grand mérite, fort de sa pratique institutionnelle, de nous éclairer et nous décomplexer par rapport à la parole des « grands- sachant- donneur- de- leçons ».  Gilles Gallichet
 
OLIVIER PIRON : L’URBANISME DE LA VIE PRIVEE, édition de l’aube, octobre 2014
OLIVIER-PIRON

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